L’Education Populaire, ils n’y ont rien compris !

Ou mieux encore, et pour reprendre une expression de Christiane FAURE : “L’Éducation Populaire, Monsieur, ils n’en n’ont pas voulu !”
L’Education Nationale, depuis Jules Ferry est le bras armé d’une politique d’Instruction Publique dont les programmes varient au gré des gouvernements selon leurs orientations politiques (on n’ose pas employer le terme d’idéologie), afin d’assurer un socle commun de connaissances aux Français, de manière gratuite et obligatoire. L’instruction y est, en général, verticale : le maître enseigne les savoirs selon une didactique qui lui a été transmise par d’autres enseignants notamment universitaires. L’élève apprend et absorbe ce que le maître lui transmet.
L’Éducation Populaire, quant à elle, vise l’émancipation du peuple par le peuple et pour le peuple, dans la lignée du discours de Condorcet. (On n’ose dire qu’elle est populiste tellement ce terme est décrié et mal compris). Cette Éducation Populaire se veut être une transmission horizontale des savoirs : chacun à quelque chose à apprendre aux autres, il n’y a pas de notion de maître, d’instructeur ou d’élèves. Un de ces buts est de permettre à chacun d’avoir une pensée indépendante, hors doctrine préétablie.
Il ne reste presque plus rien, désormais, de ce qui fut les Directions Régionales et Départementales de la Jeunesse et des Sports, devenues ensuite Directions Régionales et Départementales de la Jeunesse, des Sports, de l’Education Populaire et de la Vie Associative, fusionnées par la suite dans les Directions Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations et les Directions Régionales de la Jeunesse, et de la Cohésion Sociale.
Par le Décret n° 2020-1542 du 9 décembre 2020, le gouvernement transfère les compétences des Directions Régionales de la Jeunesse, du Sport, et de la Cohésion Sociale, sous l’autorité du recteur d’Académie. Suite logique du basculement l’an dernier des Directions Départementales de la Jeunesse sous l’autorité du DASEN.
Ce décret prouve, s’il le fallait encore, que l’Etat n’a rien compris à l’Éducation Populaire ou bien qu’il soit décidé à la vider de tout sens pour n’en laisser qu’une coquille vide.
Concernant l’enfance et la jeunesse, l’Éducation Populaire prend la forme des Accueils Collectifs de Mineurs. Accueils collectifs qui sont éducatifs. Leurs projets pédagogiques, pour la plupart, ne visent pas la transmission de savoir mais la transmission de savoir être, de savoir-faire et une liberté de pensée. Cette éducation passe par le jeu et la vie en groupe.
Concernant le social et les adultes, l’Éducation Populaire a donné les syndicats, les centres sociaux, les centres culturels, les maisons pour tous, les Espaces de vie sociale, les associations de formations d’adultes …
Tout ce mouvement de l’Éducation Populaire, toutes ces associations, toutes ces municipalités sont regroupés, pour la plupart, dans différentes fédérations. Fédérations qui ne défendent plus l’Éducation Populaire tellement elles sont soumises financièrement à l’Etat et à ses subventions. En fait, ces associations et fédérations ont accepté de répondre à des marchés publics, avec mise en concurrence. Elles ont accepté de répondre à des appels d’offres de l’Etat, source de financements plus importants. Ce faisant, elles ont perdu leur indépendance pour devenir un des bras de l’Etat politique.
Aucun de ces acteurs de l’Education Populaire n’est plus capable de s’opposer aux gouvernements. La plupart a abdiqué et s’est portée volontaire pour participer à ces mascarades d’Education Populaire que sont le Service National Universel et les colos apprenantes. Tout ça pour des questions financières.
Un des exemples est l’UCPA, dont le conseil de gouvernance est entièrement constitué par différentes fédérations d’Education Populaire, fédérations sportives et pouvoirs publics (https://media.ucpa.com/image/upload/v1580124819/Corpo/2019_053_gouvernance_2019_1.pdf). L’UCPA a racheté TELLIGO, qui était une entreprise, plusieurs millions d’euros. L’UCPA organise des séjours pour lesquels elle paye les animateurs diplômés 30€ par jour, et ne paie pas les stagiaires BAFA. [Je ne sais pas si c’est à cause de mes articles contre l’UCPA mais maintenant les stagiraies sont rémunérés au minimum légal du CEE.] L’UCPA organise également des accueils de loisirs. L’UCPA est une association, au départ, mais actuellement il s’agit d’un gros groupe financier.
En 2015, elles ont accepté que l’Etat se serve du BAFA et du BAFD afin de répondre à une mission pour laquelle l’Etat s’est montré défaillant, obligeant à intégrer dans les attendus du BAFA de “transmettre et de faire partager les valeurs de la République, notamment la laïcité” ; vision très politique et particulièrement équivoque. La plupart des associations d’Education Populaire avaient depuis très longtemps cet idéal républicain en visant de faire vivre la liberté, l’égalité et la fraternité à leurs membres.
Finalement, la devise française résume assez bien l’Éducation Populaire : Liberté, mais liberté de pensée; Égalité : chacun a quelque chose à transmettre aux autres; Fraternité : il y a très longtemps que les associations font se côtoyer, dans le respect, différents milieux et différentes cultures.
Ces mêmes fédérations sont tellement à contre sens de l’Education Populaire qu’elles ont accepté sans rechigner la perte de leur indépendance par les gouvernements successifs.
L’Education Nationale et l’Education Populaire sont complémentaires mais différentes et cette différence est une richesse. Cette complémentarité provient de leurs indépendances l’une par rapport à l’autre.
Faire passer sous l’autorité du recteur d’académie l’Éducation Populaire est un vrai non-sens.
Le gouvernement envoie, par ces déclarations, décisions, lois, des signaux très inquiétants et très idéologiques : modification des statuts des universités, uniformisation des formations des enseignants, modification très idéologiques des programmes, quasi-interdiction de l’école à la maison, scolarisation obligatoire des enfants dès 3 ans, passage de l’Education Populaire dans l’Education Nationale, Inspection de la fédération des centres sociaux parce qu’une secrétaire d’état à la jeunesse n’est pas capable d’entendre des questions légitimes et des contradictions de jeunes qui réfléchissent, sans compter les lois liberticides prises sous prétexte de santé publique.
Bizarrement, la Fédération des Centres Sociaux fait partie de ces associations ayant refusé de participer au SNU.
Laisserons- nous longtemps les fédérations et les gouvernements détruire l’Éducation Populaire ?
Nous laisserons-nous faire longtemps sans réagir, nous les acteurs de l’Éducation Populaire ?
